Entre chef d’œuvre halluciné de paranoïa ("Pi"), très bon film choc estampillé Hubert Selby Jr (« Requiem for a Dream »), divagations esthético-oniriques en perdition (« The Fountain ») et retour à des bases plus classiques sacrément efficace (« The Wrestler »), l’œuvre d’ Aronofsky se cherche, se construit, patine parfois. « Black Swan » serait-il enfin l’aboutissement de la première moitié de carrière d’un des cinéastes les plus doués de ces dernières années ? L’œuvre qui enfin égalera ou dépassera l’obscur mais génial « Pi » en s’érigeant au rang de futur classique ?
Après 5 minutes on reconnaît déjà la réalisation syncopée et nerveuse habituelle, qui bien qu’ayant ses limites happe rapidement le spectateur pour ne plus le lâcher. Entre beauté et oppression, les images nous happent et nous maintiennent en haleine, prisonnier des émotions véhiculées à l’écran. C’est là la première limite de Black Swan, cette impression d’être téléguidé, spectateur passif face au déroulement certes virtuose des images sur l’écran. La finesse n’est pas la principale qualité d’ Aronofsky, l’omniprésence (de la pourtant très belle) bande-son en est une illustration sans pour autant être une surprise. Mais si le réalisateur se plait indubitablement à manipuler son spectateur, il le fait avec un grand talent de réalisation, de mise en scène et de direction d’acteurs qui gomme bien des défauts. C’est donc abasourdi que l’on assiste aux dernières séquences, irrésistiblement belles et cruelles à la fois. Une fois de plus, la claque prévue est au rendez-vous. Mais lentement, les images s’estompent, les personnages d’une insuffisante profondeur s’évaporent et les images chocs disparaissent. Reste un très bon film, qui aurait mérité un peu plus de subtilité et de psychologie pour s’apparenter au chef d’œuvre… C’est là finalement toute la différence avec une œuvre comme le « Ruban Blanc » d’Haneke, sobre et réellement éprouvante, plus subtile et profonde : un véritable chef d’œuvre pour la peine, même si Aronofsky est lui-aussi d’écrire une belle page de cinéma.
mercredi 23 mars 2011
lundi 7 février 2011
L'inspecteur Harry (Siegel, 1971)
Dans la série classiques à la dérive, "L'inspecteur Harry" a déjà coulé depuis belle lurette: mise en scène vieillotte, répliques caricaturales finalement pas cultes pour un sou, scénario invraisemblable, jeu d'acteur au mieux correct et souvent sur-joué, bande-son kitsch et datée, il ne reste pas grand chose à sauver. Peut-être juste la peinture d'une ville de San Francisco sombre et menaçante assez réussie. Quant au scandale accompagnant la sortie du film, il semble bien vain et dérisoire alors que "Les chiens de paille" sortait le même jour et "Orange mécanique" deux semaines plus tôt. Deux œuvres autrement plus réussies, plus subversives et plus marquantes.
Garde à vue (Miller, 1981)
Huis-clos sobre et sans artifices, "Garde à vue" vit par ses dialogues signés Audiard. Répliques cultes et touches d'humour bienvenues, on ne s'ennuie pas une seconde durant cette garde à vue, qui au-delà de l'aspect policier instaure une atmosphère de film noir de plus en plus glaciale. Les excellents acteurs et le contexte de polar atypique sans action au sens classique en font un classique du huis-clos à découvrir absolument.
dimanche 6 février 2011
Bad Lieutnant (Herzog, 2008)
Du film de Ferrara, Herzog reprend le personnage du flic pourri, la drogue et le sexe, s'éloignant pour le reste du scénario original et y ajoutant sa mise en scène moins tape à l'œil, plus classique malgré quelques séquences illuminées. En résulte un polar efficace et sombre, inexorable descente aux enfers, malgré un pseudo-happy-end finalement au-delà de toute morale, interlude faussement naïf soulignant la décadence de l'institution policière. Avant que l'on ne replonge dans celle dans un homme.
lundi 31 janvier 2011
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (Woody Allen, 2010)
Le dernier Woody Allen qui débarque: entre assurance de passer un bon moment, espoir d'être surpris par le petit plus et crainte d'être déçu par le rabâché. Au final c'est la dernière option qui prédomine d'abord, la seconde qui s'installe au fur et à mesure et la première qui conclut. En somme, si les rouages sont connus et sans surprises (mais toujours efficaces), Woody Allen délivre cependant une vision de la crise existentielle et de la peur de mourir très sombre offrant un surprenant contraste avec un environnement lumineux et rassurant. Et on regrettera au final juste de ne pas suivre plus longtemps les personnages dans leur pathétique combat perdu d'avance, la fin laissant un arrière-goût d'inachevé. Dommage, il y avait pourtant la matière pour que "Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu" s'installe parmi les meilleures œuvres du New-Yorkais.
dimanche 23 janvier 2011
Comédie érotique d'une nuit d'été (Allen, 1982)
Un Woody Allen à la campagne, c'est un peu comme Bergman qui se mettrait à la comédie. Et c'est justement à la seule comédie (à ma connaissance) de celui-ci, "Sourires d'une nuit d'été", que fait notamment référence le cinéaste new-yorkais. Comme d'habitude, c'est plaisant à regarder, même si le traitement des thématiques bien-connues est sans surprise et déjà vu dans certaines des œuvres antérieures de Woody Allen. Le scénario sombre quelques fois dans la facilité et il manque l'étincelle présente dans ses meilleurs films. Restent le cadre inédit et joliment filmé, quelques séquences inhabituelles empruntant au cinéma fantastique et le ton humoristique que l'on connaît. Largement de quoi passer un bon moment en somme.
Gosford Park (Altman, 2001)
Peinture anthropologique de l'aristocratie anglaise des années 30, "Gosford Park" se révèle d'abord par son tourbillon de personnages et de micro-évènements, jusqu'à presque s'y égarer. Mais heureusement, même perdu dans en premier temps, on prend du plaisir à contempler ce microcosme superbement mis en scène. Le plaisir n'en est que plus grand lorsque l'on commence à entrer dans ce monde d'intrigues et de règles strictes et absurdes; lesquelles régissent en parallèle également l'univers des domestiques, finalement quasi-calqué sur celui des maîtres, hiérarchisé et impitoyable également. Malgré une certaine surenchère dans le haut-en-couleur des personnages, Altman réussit à poser un regard subtil, constitué de courtes esquisses, se posant en observateur se baladant sans répit dans ce huis-clos aux décors grandioses. Mais c'est aussi ce même regard "universel", qui ne se concentre pas ou peu sur certains personnages plus que d'autres, qui limite l'intrigue policière, nous laissant un peu sur notre faim. Mais qu'importe, celle-ci n'est finalement qu'un prétexte permettant à Altman de mieux dresser son tableau, fort réussi au demeurant.
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