mardi 20 septembre 2011
La règle du jeu (Renoir, 1939)
Certains films vieillissent mal, perdent de leur virulence et sombrent quelque peu dans le désuet : c’est ce qui relègue « La règle du jeu » du rang de chef d’œuvre (de l’avis de nombre de critiques et cinéastes) à celui d’une très bonne comédie tragique. Rythmée, entraînante, caustique, mais également empreinte d’une certaine superficialité dans la peinture des personnages, puisque de par leur nombre ceux-ci tiennent plus de l’esquisse que du tableau approfondi. Plus qu’une réflexion psychologique, c’est à une étude de mœurs (au demeurant fort réussie) à laquelle on assiste. Et si celle-ci comporte ses limites (voir ci-dessus), elle développe aussi son charme virevoltant, son humour, pour mieux appuyer son propos critique. Au final, on a du mal à comprendre à la fois l’accueil hostile de l’époque et l’enthousiasme démesuré de la critique qui s’en suivit. Comme si le temps n’avait seulement amputé le film de certaines de ses séquences, mais aussi d’une partie de sa force subversive et cinématographique…
lundi 8 août 2011
A Swedish Love Story (Roy Andersson, 1969)
Roy Andersson n’est pas un cinéaste optimiste. Son premier long-métrage, bien que loin du cynisme et du désespoir de ses deux dernières œuvres ("Chansons du deuxième étage", "Nous les vivants") ne déroge pas à la règle : si l’histoire d’amour adolescent entre les deux personnages principaux frôle parfois la mièvrerie, ce n’est que pour accentuer la décomposition et la froideur du monde adulte environnant. Îlot de simplicité et de pureté au milieu de familles où ne cohabitent que des étrangers, la relation amoureuse entre ces deux enfants de 15 ans n’en est que d’autant plus vouée à l’échec au regard du désespoir voisin de la vie d’adulte qui les attend. Et même si rien n’est dit, le développement peut paraître inéluctable. Malgré quelques longueurs et un côté austère omniprésent, "A Swedish Love Story" sonne souvent très juste et se regarde comme un beau film de vacances aux relents désespérés.
dimanche 7 août 2011
White Lightnin' (Dominic Murphy, 2009)
Débutant par une plongée dans une Amérique profonde bercée par la country et les armes à feu, White Lightning’ se transforme peu à peu en introspection hallucinée et sordide. On découvre l’enfance de Jesco White, danseur doué et toxicomane, plouc violent et psychopathe, élevé dans un patelin glauque de la Virginie Occidentale. Certes insistante et formelle, la réalisation est cependant d’une efficacité imparable : voix-off introspective, séquences entrecoupées de plans noirs comme autant de blackouts du cerveau, esthétique située quelque part entre les premiers films Dogma de Lars von Trier et les hallucinations cauchemardesques du « Pi » d’Arenofsky, bande-son omniprésente qui vire peu à peu au cauchemardesque… Mais les effets de mise en scène s’estompent peu à peu, tant on est asphyxié, happé par l’essence même du film, cette descente aux enfers insoutenable et christique sur fond de rédemption sanguinolente flirtant avec le gore. Et comme le personnage principal, on finit rongé par le mal, achevé par cette tragédie prophétique et sordide aux relents gothiques qui se révèle être l’un des plus gros chocs cinématographiques de ces dernières années.
mercredi 23 mars 2011
Black Swan (Aronofsky, 2011)
Entre chef d’œuvre halluciné de paranoïa ("Pi"), très bon film choc estampillé Hubert Selby Jr (« Requiem for a Dream »), divagations esthético-oniriques en perdition (« The Fountain ») et retour à des bases plus classiques sacrément efficace (« The Wrestler »), l’œuvre d’ Aronofsky se cherche, se construit, patine parfois. « Black Swan » serait-il enfin l’aboutissement de la première moitié de carrière d’un des cinéastes les plus doués de ces dernières années ? L’œuvre qui enfin égalera ou dépassera l’obscur mais génial « Pi » en s’érigeant au rang de futur classique ?
Après 5 minutes on reconnaît déjà la réalisation syncopée et nerveuse habituelle, qui bien qu’ayant ses limites happe rapidement le spectateur pour ne plus le lâcher. Entre beauté et oppression, les images nous happent et nous maintiennent en haleine, prisonnier des émotions véhiculées à l’écran. C’est là la première limite de Black Swan, cette impression d’être téléguidé, spectateur passif face au déroulement certes virtuose des images sur l’écran. La finesse n’est pas la principale qualité d’ Aronofsky, l’omniprésence (de la pourtant très belle) bande-son en est une illustration sans pour autant être une surprise. Mais si le réalisateur se plait indubitablement à manipuler son spectateur, il le fait avec un grand talent de réalisation, de mise en scène et de direction d’acteurs qui gomme bien des défauts. C’est donc abasourdi que l’on assiste aux dernières séquences, irrésistiblement belles et cruelles à la fois. Une fois de plus, la claque prévue est au rendez-vous. Mais lentement, les images s’estompent, les personnages d’une insuffisante profondeur s’évaporent et les images chocs disparaissent. Reste un très bon film, qui aurait mérité un peu plus de subtilité et de psychologie pour s’apparenter au chef d’œuvre… C’est là finalement toute la différence avec une œuvre comme le « Ruban Blanc » d’Haneke, sobre et réellement éprouvante, plus subtile et profonde : un véritable chef d’œuvre pour la peine, même si Aronofsky est lui-aussi d’écrire une belle page de cinéma.
Après 5 minutes on reconnaît déjà la réalisation syncopée et nerveuse habituelle, qui bien qu’ayant ses limites happe rapidement le spectateur pour ne plus le lâcher. Entre beauté et oppression, les images nous happent et nous maintiennent en haleine, prisonnier des émotions véhiculées à l’écran. C’est là la première limite de Black Swan, cette impression d’être téléguidé, spectateur passif face au déroulement certes virtuose des images sur l’écran. La finesse n’est pas la principale qualité d’ Aronofsky, l’omniprésence (de la pourtant très belle) bande-son en est une illustration sans pour autant être une surprise. Mais si le réalisateur se plait indubitablement à manipuler son spectateur, il le fait avec un grand talent de réalisation, de mise en scène et de direction d’acteurs qui gomme bien des défauts. C’est donc abasourdi que l’on assiste aux dernières séquences, irrésistiblement belles et cruelles à la fois. Une fois de plus, la claque prévue est au rendez-vous. Mais lentement, les images s’estompent, les personnages d’une insuffisante profondeur s’évaporent et les images chocs disparaissent. Reste un très bon film, qui aurait mérité un peu plus de subtilité et de psychologie pour s’apparenter au chef d’œuvre… C’est là finalement toute la différence avec une œuvre comme le « Ruban Blanc » d’Haneke, sobre et réellement éprouvante, plus subtile et profonde : un véritable chef d’œuvre pour la peine, même si Aronofsky est lui-aussi d’écrire une belle page de cinéma.
lundi 7 février 2011
L'inspecteur Harry (Siegel, 1971)
Dans la série classiques à la dérive, "L'inspecteur Harry" a déjà coulé depuis belle lurette: mise en scène vieillotte, répliques caricaturales finalement pas cultes pour un sou, scénario invraisemblable, jeu d'acteur au mieux correct et souvent sur-joué, bande-son kitsch et datée, il ne reste pas grand chose à sauver. Peut-être juste la peinture d'une ville de San Francisco sombre et menaçante assez réussie. Quant au scandale accompagnant la sortie du film, il semble bien vain et dérisoire alors que "Les chiens de paille" sortait le même jour et "Orange mécanique" deux semaines plus tôt. Deux œuvres autrement plus réussies, plus subversives et plus marquantes.
Garde à vue (Miller, 1981)
Huis-clos sobre et sans artifices, "Garde à vue" vit par ses dialogues signés Audiard. Répliques cultes et touches d'humour bienvenues, on ne s'ennuie pas une seconde durant cette garde à vue, qui au-delà de l'aspect policier instaure une atmosphère de film noir de plus en plus glaciale. Les excellents acteurs et le contexte de polar atypique sans action au sens classique en font un classique du huis-clos à découvrir absolument.
dimanche 6 février 2011
Bad Lieutnant (Herzog, 2008)
Du film de Ferrara, Herzog reprend le personnage du flic pourri, la drogue et le sexe, s'éloignant pour le reste du scénario original et y ajoutant sa mise en scène moins tape à l'œil, plus classique malgré quelques séquences illuminées. En résulte un polar efficace et sombre, inexorable descente aux enfers, malgré un pseudo-happy-end finalement au-delà de toute morale, interlude faussement naïf soulignant la décadence de l'institution policière. Avant que l'on ne replonge dans celle dans un homme.
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